La cuvée 2014 du fameux Magic quadrant BI du cabinet Gartner (Magic Quadrant for Business Intelligence and Analytics Platforms de son vrai nom) est sortie il y a quelques jours.
Pour les néophytes, les changements sont minimes, mais pour ceux qui suivent cette étude depuis plusieurs années, dès le premier coup d’œil, “ça bouge”…

Voir l’article : BI Magic Quadrant 2016 du Gartner : le début d’une nouvelle ère ?

Pour rappel, cette étude est basée sur des questionnaires de clients à travers le monde et sur les études des analystes du Gartner, elle porte donc avant tout sur la base installée (ce qui n’est pas neutre en terme de version, BO XI par exemple reste relativement présent, même si sa part décroit).

Le magic quadrant 2014 est donc le suivant :

Magic quadrant BI 2014

Le bloc des leaders (les éditeurs qui ont une bonne vision ET la capacité à la mettre en œuvre) est sévèrement bousculé.

Deuxième constat, il pas mal de petits nouveaux dans ce quadrant… 27 éditeurs, soit 10% de plus qu’en 2013 (et pas de sorties).

Les leaders n’ont plus de vision

En 2013, IBM et SAP se distinguaient comme les vrais visionnaires sur le marché avec pour l’un et l’autre un score supérieur à 75% sur l’axe vision « completeness of vision ». Ce n’est plus le cas, l’un et l’autre ayant été rétrogradés.

Source : Gartner

A ce jour, aucun éditeur ne dépasse les 75% sur cet axe, le meilleur restant tout de même IBM (en baisse de 10%). Le cabinet en stratégie explique que selon lui, aucun éditeur n’adresse le besoin de “governed data discovery”, à savoir personne ne propose une plateforme qui contente les utilisateurs par sa facilité d’utilisation et les DSI par la gouvernance des données… (il est vrai que c’est un peu le mouton à 5 pattes)

Le plus intéressant, ce sont les mouvements sur un an : cliquer sur l’image pour l’agrandir

evolution gartner le Quadrant de 2013 est à gauche, celui de 2014 à droite

Les grands éditeurs se font tirer les oreilles :

Les Méga-vendeurs de la BI se font malmener par l’étude, avec des produits considérés comme complexes et un service client souvent améliorable.

1 – SAP baisse fortement sur l’axe vision, mais croit sur l’axe capacité à faire (il faut dire que la BI4 n’était que partiellement intégrée lors de la précédente étude, cette hausse n’est pas une surprise et est liée au déploiement de la BI4x).
Le Gartner met en avant les efforts sur Lumira et souligne l’impact positif du openSAP training portal.
Cependant La phase d’analyse sur les faiblesses identifiées de l’éditeur est plutôt dure, avec des critiques sur :

  • L’intégration des composants BI entre eux (les nouveaux produits tels que Lumira, Predictive Analysis et encore KXEN complexifiant encore l’exercice), même si les clients du Gartner reconnaissent que cela s’améliore.
  • L’expérience de vente, les clients du Gartner regrettant de se faire ‘forcer la main’ sur certaines ventes.
  • La migration de BO XI vers BI4.0 a été mal notée par les clients du Gartner. A noter cependant cette même migration vers la version BI 4.1 récolte quant à elle des retours positifs.
  • 2 – Oracle est en baisse sur les deux axes et prend la plus ‘grosse gamelle’ de cette étude, ses produits (en BI) étant considérés par les clients d’une part comme complexes, et d’autre part, la société de Larry Ellison est en retard sur la mobilité et le Cloud.

    3 – Microsoft baisse fortement sur la capacité à faire, et ce malgré les bon premiers retours sur Office 2013 et SQL Serveur 2012. Les faiblesses sur la mobilité et le coût d’implémentation parfois élevé des projets pénalisent fortement l’éditeur, coûts qui selon les clients du panel viennent quasiment annuler l’avantage prix majeur de Microsoft par rapport à ses concurrents.

    4 – Plus petit que les méga-vendeurs, MicroStrategy obtient un satisfecit sur son offre de “data discovery” mais traverse lui aussi une zone de turbulence avec selon les clients du Gartner une baisse de la qualité des produits (les dernières versions sont peut-être sorties un peu vite) et une image brouillée par des aventures sur des produits hors BI (Usher…).

    Cette analyse fait étrangement échos à la récente attaque publique et en bonne et due forme du Hedge fund Apex Capital (qui possède plus de 5% de MSTR) qui demande à l’atypique fondateur de MicroStrategy Michael Saylor de ranger le Yacht « Dock the yacht » et de se remettre au travail (les récentes photos de vacances de M. Saylor postées sur Twitter ont semble-t-il été mal perçues).
    Tout en redisant sa confiance dans l’entreprise et ses produits, le gérant de ce Hedge fund va même plus loin en demandant à Michael Saylor d’abandonner le poste de CEO qu’il occupe depuis 24 ans et de se concentrer sur la présidence et son rôle de visionnaire ‘Technologiste’. (Il faut dire que les relations entre le monde de la finance et MicroStrategy sont ‘tendues’ de longue date, M. Saylor n’a par exemple participé à aucune conférence d’investisseur depuis 10 ans, alors que c’est un passage obligé pour le CEO d’une entreprise cotée).

    Les petits nouveaux bouleversent le paysage :

    Tableau semble ressortir comme le grand gagnant de cette cuvée (avec une meilleure vision et toujours autant de capacité à faire). Bien que celui-ci soit toujours un produit de niche – ce n’est pas une plateforme complète de reporting, il bénéficie d’une très bonne image de la part des utilisateurs et clients du Gartner.

    Ce n’est pas pour rien que tous les éditeurs s’activent sur des produits « Tableau Killer », le petit dernier fait effectivement peur aux éditeurs installés sur ce marché de longue date…

    Il en est de même, mais dans une moindre mesure, pour Qlick, qui joue gros en 2014 avec la sortie de QlikView.Next sur le 2e semestre de 2014 (avec plus d’un an de retard), version annoncée comme révolutionnaire.

    En conclusion :

    Tous les gros vendeurs historiques souffrent selon l’étude d’une complexité (trop) importante, complexité qui est rendue encore plus criante par les produits de « Data Visualisation » qui bien souvent sont simples à utiliser (mais qui offrent un périmètre d’intervention bien plus restreint qu’une plateforme BI complète).

    Les grands de la BI vont donc devoir s’atteler à la simplification de l’expérience utilisateur, ce qui est un très vaste chantier et un vrai défi !

    Enfin, le Gartner prédit que :

    « D’ici 2015, la gouvernance de l’exploration des données constituera la nouvelle capacité et le principal atout concurrentiel des plates-formes décisionnelles proposées par les fournisseurs. »

    Ce qui suppose que les plateformes actuelles se mettent à la Data Viz et que les spécialistes de la data Viz deviennent des plateformes décisionnelles…

    2014 va décidément être une année très intéressante !

    Laisser un commentaire